Vigilance renforcée LCB-FT : la checklist pour les clients PPE et les pays tiers à haut risque
La directive (UE) 2015/849 impose une vigilance renforcée dans des cas précis, dont deux concentrent l'essentiel du travail des équipes conformité : le client ou son bénéficiaire effectif est une personne politiquement exposée (PPE), et la relation d'affaires ou la transaction implique un pays tiers à haut risque recensé par la Commission. Monaco figure sur cette liste (version consolidée du règlement délégué 2016/1675 au 29/01/2026). Pour une PPE qui quitte ses fonctions, le risque doit être pris en compte pendant au moins douze mois. Voici la checklist, mesure par mesure, avec les textes à l'appui.
Les règles citées proviennent des textes européens de la base LCB-FT : le cadre européen anti-blanchiment : directive 2015/849 consolidée au 30/12/2024, règlement délégué 2016/1675, liste des fonctions publiques importantes publiée par la Commission (communication 2023/C 724), orientations EBA/GL/2021/02 de l'ABE et règlement (UE) 2024/1624 (AMLR), applicable au 10 juillet 2027 seulement. La base ne couvre pas le Code monétaire et financier ni la doctrine ACPR ou Tracfin : les modalités françaises (seuils internes, formulaires, déclarations) sont à vérifier dans les textes nationaux.
Quand la vigilance renforcée est obligatoire
L'article 18 de la directive renvoie aux cas des articles 18 bis à 24, ainsi qu'aux « autres cas de risques plus élevés identifiés par les États membres ou les entités assujetties ». Les orientations de l'ABE (4.46) résument les situations à toujours traiter comme à plus haut risque :
- le client, ou le bénéficiaire effectif du client, est une PPE (articles 20 à 24) ;
- une relation de correspondant impliquant l'exécution de paiements avec un établissement d'un pays tiers (article 19) ;
- une relation d'affaires ou une transaction faisant intervenir un pays tiers à haut risque ;
- des transactions complexes, d'un montant anormalement élevé, opérées selon un schéma inhabituel ou sans objet économique ou licite apparent (article 18, paragraphe 2).
En plus, pas à la place
Les mesures renforcées « ne peuvent se substituer aux mesures de vigilance habituelles à l'égard de la clientèle mais doivent être appliquées en plus de celles-ci » (ABE, orientation 4.45). Identification, bénéficiaire effectif, objet de la relation et suivi continu restent dus.
Clients PPE : qui est concerné
L'article 3, point 9, définit la PPE comme une personne physique qui occupe ou s'est vu confier une fonction publique importante : chefs d'État et de gouvernement, ministres, parlementaires, membres des organes dirigeants des partis politiques, membres des cours suprêmes et constitutionnelles, des cours des comptes ou des conseils des banques centrales, ambassadeurs, officiers supérieurs, dirigeants d'entreprises publiques et d'organisations internationales. Les fonctions intermédiaires ou inférieures ne sont pas couvertes.
Les mesures s'étendent (article 23) aux membres de la famille (conjoint ou équivalent, enfants et leurs conjoints, parents) et aux personnes connues pour être étroitement associées (par exemple, une personne bénéficiaire effectif d'une entité conjointement avec une PPE). Pour la France, la liste publiée par la Commission cite notamment le Président de la République, le Premier ministre, les membres du Gouvernement, les députés et sénateurs, les membres du Conseil constitutionnel, certains membres du Conseil d'État et de la Cour de cassation, les magistrats de la Cour des comptes visés par le texte et les membres du Conseil général de la Banque de France.
Côté méthode, l'ABE demande de tenir compte de cette liste pour les fonctions dans l'Union et, pour les pays tiers, de partir de la liste de l'article 3, point 9, en l'adaptant au cas par cas (4.48). Si vous utilisez une base PPE commerciale, vérifiez qu'elle est à jour et comprenez ses limites (4.49).
Checklist des mesures PPE
- Détecter : disposer de systèmes de gestion des risques pour déterminer si le client ou son bénéficiaire effectif est une PPE (article 20, point a)), sans oublier le dirigeant principal retenu comme bénéficiaire effectif.
- Faire autoriser la relation par un membre d'un niveau élevé de la hiérarchie, pour la nouer ou la maintenir (article 20, point b) i)). L'ABE précise que ce niveau dépend du risque et que la décision doit porter sur la capacité de l'établissement à gérer ce risque (4.50).
- Établir l'origine du patrimoine et des fonds (article 20, point b) ii)), et la vérifier sur pièces fiables et indépendantes lorsque le risque est particulièrement élevé (ABE 4.50).
- Surveiller de façon renforcée et continue la relation (article 20, point b) iii)), avec une fréquence de revue proportionnée au risque.
- Étendre ces mesures à la famille et aux proches associés (article 23 ; ABE 4.51).
- Ne pas refuser par principe : les mesures PPE ne doivent pas se traduire par un refus injustifié d'accès aux services financiers (ABE 4.52).
Après la fin du mandat : au moins douze mois
Lorsqu'une PPE a cessé d'exercer sa fonction, l'article 22 impose de prendre en considération, « pendant au moins douze mois, le risque que cette personne continue de poser » et d'appliquer des mesures appropriées jusqu'à ce qu'elle soit réputée ne plus poser de risque propre aux PPE. Douze mois est donc un minimum, pas une date de sortie automatique : la sortie du statut doit être justifiée par une appréciation du risque résiduel.
Pays tiers à haut risque : la liste et les mesures de l'article 18 bis
La liste est fixée par la Commission dans le règlement délégué (UE) 2016/1675. Dans sa version consolidée au 29 janvier 2026, elle compte 23 pays ayant pris un engagement avec le GAFI (dont l'Algérie, le Cameroun, la Côte d'Ivoire, le Kenya, le Liban, Monaco, le Venezuela ou le Viêt Nam), l'Iran, la Corée du Nord et, dans une catégorie à part, la Fédération de Russie. La liste est modifiée régulièrement : vérifiez toujours la version en vigueur sur EUR-Lex.
Selon l'ABE (4.55), une relation « fait intervenir » un tel pays notamment si les fonds y ont été générés, en proviennent ou y sont destinés, si vous traitez avec une personne qui y réside ou y est établie, ou avec un trustee qui y est établi. Il faut aussi appliquer les mesures quand la transaction transite par ce pays ou quand le bénéficiaire effectif y réside (4.56). L'article 18 bis, paragraphe 1, exige alors :
Les six mesures de l'article 18 bis, paragraphe 1, de la directive 2015/849
| Mesure | En pratique |
|---|---|
| a) Informations supplémentaires sur le client et le ou les bénéficiaires effectifs | Réputation, activités passées et présentes, recherches de mentions négatives dans les médias (exemples ABE 4.64) |
| b) Informations supplémentaires sur la nature envisagée de la relation | Nombre, taille et fréquence attendus des transactions, destination des fonds |
| c) Origine des fonds et origine du patrimoine du client et des bénéficiaires effectifs | Pièces possibles citées par l'ABE : déclarations fiscales, comptes audités, fiches de paie, actes authentiques |
| d) Raisons des transactions envisagées ou réalisées | Justification économique documentée |
| e) Autorisation d'un membre d'un niveau élevé de la hiérarchie | Pour nouer ou maintenir la relation |
| f) Surveillance renforcée | Plus de contrôles, plus fréquents, et schémas de transactions à examiner de plus près |
Les États membres peuvent aussi exiger que le premier paiement passe par un compte au nom du client dans un établissement de crédit soumis à des normes de vigilance au moins équivalentes, et imposer des mesures d'atténuation supplémentaires (déclaration systématique, limitation des relations…). Enfin, la directive interdit de recourir à un tiers introducteur établi dans un pays tiers à haut risque (article 26), sauf exemption possible pour les succursales et filiales majoritairement détenues qui respectent les politiques du groupe.
Cas pratique : un client résidant à Monaco
Monaco figurant sur la liste consolidée au 29/01/2026, une relation avec un client qui y réside déclenche les mesures de l'article 18 bis. Si ce client est en plus un ancien ministre, les mesures PPE s'ajoutent, et l'autorisation hiérarchique comme l'analyse d'origine des fonds doivent couvrir les deux risques. Pour un client simplement lié à un tel pays (liens personnels ou professionnels étroits), l'ABE demande une décision fondée sur les risques (4.57).
Ce que l'AMLR reprend à partir du 10 juillet 2027
Aujourd'hui, c'est la directive (et sa transposition) qui s'applique. À partir du 10 juillet 2027, l'AMLR reprend l'essentiel : autorisation hiérarchique, origine du patrimoine et des fonds et surveillance renforcée continue pour les PPE (article 42) ; mesures pendant au moins douze mois à compter de la fin de la fonction (article 45) ; pays tiers à haut risque identifiés par actes délégués de la Commission, avec application des mesures de l'article 34, paragraphe 4, et des contre-mesures propres à chaque pays (article 29). Les nouvelles orientations attendues de l'autorité européenne de lutte contre le blanchiment (ALBC) sur les personnes étroitement associées sont prévues au plus tard le 10 juillet 2027.
Pour un contrôle rapide en cours de dossier, interrogez la base : « Un de mes clients vient de Monaco : dois-je appliquer des mesures de vigilance renforcées ? » ou « La vigilance renforcée applicable à une PPE s'étend-elle aussi à son conjoint ? ». Chaque réponse renvoie à l'article source.
Vos contrôles PPE et pays à risque, adossés aux textes
La base LCB-FT de Kopik réunit la directive 2015/849, la liste des pays tiers à haut risque, la liste PPE de la Commission, les orientations de l'ABE et l'AMLR, avec citations.
Questions fréquentes
Monaco est-il un pays tiers à haut risque au sens européen ?
Oui : Monaco figure dans l'annexe du règlement délégué (UE) 2016/1675, version consolidée au 29 janvier 2026. Une relation qui l'implique déclenche les mesures de vigilance renforcées de l'article 18 bis de la directive 2015/849. Vérifiez la liste en vigueur sur EUR-Lex, elle évolue.
Combien de temps suivre une PPE après la fin de ses fonctions ?
Au moins douze mois selon l'article 22 de la directive 2015/849, et jusqu'à ce que la personne soit réputée ne plus poser de risque propre aux PPE. L'AMLR (article 45) reprend ce minimum de douze mois à partir du 10 juillet 2027.
La vigilance PPE s'applique-t-elle au conjoint et aux enfants ?
Oui. L'article 23 étend les mesures aux membres de la famille (conjoint ou équivalent, enfants et leurs conjoints, parents) et aux personnes connues pour être étroitement associées à la PPE.
Peut-on s'appuyer sur un tiers introducteur situé dans un pays tiers à haut risque ?
Non, en principe : l'article 26 de la directive interdit le recours à des tiers établis dans ces pays, avec une exemption possible pour les succursales et filiales majoritairement détenues qui respectent intégralement les politiques du groupe.
Faut-il appliquer toutes les mesures renforcées dans tous les cas ?
Pour les PPE et les pays tiers à haut risque, les mesures listées par la directive sont toutes dues, leur étendue étant adaptée au risque (ABE 4.51 et 4.54). Pour les autres situations à haut risque, l'ABE admet de cibler les mesures les plus pertinentes (4.63).
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