Pour les instructeurs : comment utiliser le guide Facteurs Humains pour former un élève pilote
Le Guide Facteurs Humains pour l'instructeur (DGAC, Service de la formation aéronautique et du contrôle technique) sert à diagnostiquer pourquoi un élève ne progresse pas et à choisir le bon exercice. Il s'appuie sur le modèle d'acquisition de l'expertise d'Anderson (stades cognitif, associatif, autonome), puis propose une méthode : repérer des signes, les regrouper en comportements types, décider d'une remédiation. Attention : la version de la base est la 1re édition de juillet 2001 ; à lire comme un outil pédagogique, pas comme un texte réglementaire à jour.
Le guide le dit lui-même : il ne prétend pas être un manuel de formation et ne remplace ni les manuels Facteurs Humains ni la formation pédagogique des stages instructeur. Il se veut un « assistant opérationnel » pour préparer la séance et la débriefer, pas pour être consulté en vol. Il couvre aussi bien l'instruction ab initio sur monomoteur léger que la qualification de type en compagnie ; plusieurs exemples concernent donc le transport aérien. Cet article en extrait ce qui sert directement à l'instructeur avion ou ULM d'un aéroclub.
Point de départ : où en est mon élève ?
Le guide part d'une question concrète : « Qu'un pilote ne sache pas atterrir à la première séance d'instruction est normal. Qu'il ne sache pas atterrir après 25 heures ne l'est plus. Alors d'où vient le problème ? » Pour y répondre, il distingue deux types de connaissances. Les connaissances déclaratives décrivent et expliquent (la définition d'un aileron, la mécanique du vol, la météo). Les connaissances procédurales relient ces savoirs à l'action, sous forme de règles « si telle information, alors telle action », qui deviennent avec l'entraînement des schémas d'action de plus en plus automatiques.
Les trois stades d'Anderson appliqués au pilotage
Le guide précise en note qu'il s'agit d'un modèle proposé en 1964 par Fitts, repris et perfectionné par Anderson, et qu'il conserve par simplicité les termes de Fitts. Les trois phases peuvent se recouvrir partiellement :
Les stades de l'apprentissage selon le guide (2001)
| Stade | Ce qui se passe | Ce que l'instructeur observe |
|---|---|---|
| Cognitif | Phase « intellectuelle » : élève et instructeur verbalisent la procédure, les règles, les difficultés. | Mise en œuvre laborieuse, lente, sous contrôle permanent de l'attention, entachée de multiples erreurs. L'élève se récite les gestes du décollage. |
| Associatif | Compilation : procéduralisation (une procédure mentale remplace l'interprétation) et composition (les procédures se combinent en séquences). | Phase longue, progressive, qui passe obligatoirement par la répétition, avec essai et erreur. |
| Autonome | Consolidation : les procédures deviennent automatiques, hors du champ d'attention. | Gain de rapidité et de résistance au stress et aux perturbations ; au-delà, le « sur-apprentissage » n'améliore plus que la robustesse. |
Conséquence pratique : l'acquisition des connaissances déclaratives est « abrupte » (on sait en sortant du cours), alors que la phase associative est beaucoup plus longue. Un élève qui récite parfaitement sa procédure de remise de gaz au sol mais la rate en vol n'est pas forcément « mauvais » : il est peut-être au stade associatif, et il lui faut de la répétition.
Pour situer l'élève, le guide détaille des niveaux d'acquisition. Côté déclaratif : la compréhension (il connaît ou non les modèles physiques) et les règles (« pied mort, moteur mort »). Côté procédural, avec une analogie musicale : le savoir-faire de base (faire des gammes), le savoir-faire composé (jouer un morceau complet, enchaîner les savoir-faire dans une séquence) et le savoir gérer (jouer avec l'orchestre : gérer le temps, anticiper, prendre des marges, résister aux perturbations).
La méthode : signes, comportements types, remédiation
Le cœur du guide est une démarche de diagnostic inspirée de la médecine. Un signe est une anomalie qui vous alerte : un oubli régulier, un pilotage instable, ou même une réussite inattendue à ce stade. Un signe isolé peut n'être que de la dispersion ou du hasard ; il prend du sens s'il se répète. Plusieurs signes cohérents forment un comportement type, l'équivalent d'un syndrome. Le guide en distingue deux formes :
- Comportement type momentané : le même signe (ou groupe de signes) se répète pendant une séance, par exemple un épisode de stress.
- Comportement type durable : les mêmes signes se répètent sur plusieurs séances, par exemple un stress à chaque vol.
- Dans les deux cas, d'autres signes associés doivent confirmer le diagnostic, et la démarche n'est conclue que lorsqu'un éducatif est identifié : elle ne s'arrête jamais au diagnostic.
L'instructeur prend ainsi trois décisions : le diagnostic du comportement type (mettre un nom sur ce qu'on observe), le diagnostic de progression (situer l'élève par rapport au programme, à vos attentes et à des pilotes comparables), puis la décision de remédiation. Le guide propose deux variantes : la méthode courte de l'expert, rapide mais exposée à l'erreur de routine, et la méthode systématique du débutant, plus laborieuse, qui part d'une liste de signes pour remonter aux comportements types.
30 fiches de comportements types
Le guide décrit trente comportements types, chacun avec ses signes, ses explications et ses remèdes : par exemple Novice, Surcharge cognitive, Fatigue, Sous-anticipation, Sur-confiance (en soi), Sur-confiance (machine), Stress aigu, Routine, Conformiste ou Incompréhension des buts de l'instructeur. Chaque fiche signale aussi les comportements proches avec lesquels on pourrait le confondre.
Trois exemples de fiches utiles en aéroclub
Novice. Signes : « est derrière l'avion », se perd dans les détails, ne hiérarchise pas les problèmes, oublis nombreux, ne détecte pas ses écarts, débordé quand ça va vite. Remèdes proposés : créer les conditions de la répétition (« faire des gammes »), enseigner les bonnes stratégies fondamentales, apprendre à l'élève à se demander régulièrement « ce qui est important maintenant ».
Surcharge cognitive. Signes : ne finit pas ce qu'il commence, pilotage instable, n'accuse pas réception des messages, décisions impulsives. Le guide demande de faire la part entre la lenteur d'exécution, normale chez le novice et qui s'améliore avec la répétition, et l'absence de stratégie de gestion (anticipation, priorités). Il précise que le but n'est pas de saturer l'élève pour lui montrer qu'il n'est pas bon, mais de l'exposer à une charge élevée pour qu'il apprenne à y faire face.
Incompréhension des buts de l'instructeur. Elle vient généralement d'un briefing insuffisant, d'une communication trop implicite (« je croyais que tu avais compris ») ou d'une demande formulée pendant un moment d'indisponibilité de l'élève. Remèdes : présenter les objectifs de façon hiérarchique (le vol global, puis les exercices, leur raison d'être, le niveau attendu), et formuler ses demandes quand l'élève est disponible.
Préparer et débriefer une séance avec le guide
Pour la préparation, le guide propose de décomposer chaque objectif du programme (décollage, virage à taux constant, panne moteur…) en tâches, d'y associer un thème Facteurs Humains (anticipation, gestion de la charge de travail, priorités, communication, détection et récupération des erreurs, contrôle du stress…) et de fixer un niveau attendu. Il suggère trois niveaux :
- L'élève dispose des ressources nécessaires mais éprouvera des difficultés à les mettre en œuvre ; il travaille encore beaucoup à partir de la théorie.
- Dans une situation d'instruction simple, il applique les procédures mais doit encore y réfléchir.
- Il met en œuvre ce qu'il maîtrise en gérant le temps, en anticipant, en prenant des marges ; il atteint facilement l'objectif.
En vol, il suffit de noter les signes marquants ; l'analyse se fait après, en préparant le débriefing. Le guide en fait « le seul moment » où technique et facteurs humains s'intègrent vraiment : l'instructeur y formule son diagnostic, le soumet à l'élève et explique ce qui cause la performance observée. Il insiste aussi sur les attentes : clarifier ce que l'on attend de l'élève, et se méfier de ses propres a priori sur lui, qui influencent d'autant plus le jugement qu'on en est inconscient.
Le relier aux campagnes DSAC plus récentes
Les campagnes compétences de la DSAC, également dans la base, prolongent cette approche sur des gestes précis. La campagne « Transition, approche stabilisée, toucher » (2015) consacre un volet facteurs humains à l'atterrissage : l'élève fait souvent « comme son instructeur », par imitation ; l'atterrissage n'est pas du « feeling » mais une technique que le pilote doit pouvoir verbaliser, avec des critères précis à atteindre. La campagne « compétences techniques 2017 » propose une auto-évaluation par « + » et « - » sur l'intégration, la finale et la remise de gaz, et rappelle que « piloter est un exercice mental », à pratiquer aussi chez soi les yeux fermés.
Pour retrouver une fiche, comparer deux comportements types ou relier un signe observé à un remède, la base Sécurité des vols en aviation légère (DGAC/DSAC) permet d'interroger le guide en langage naturel, par exemple : « Sur quel modèle pédagogique le Guide Facteurs Humains pour l'instructeur s'appuie-t-il ? » Chaque réponse cite le passage source. La base ne contient pas les programmes de formation officiels (FI, instructeur ULM) ni les exigences réglementaires actuelles de formation des instructeurs.
Votre assistant de préparation de séance
Interrogez le Guide Facteurs Humains et les campagnes compétences DSAC pour préparer un briefing ou un débriefing, avec la source de chaque réponse.
Document original : Guide Facteurs Humains pour l'instructeur (DGAC, 2001).
Questions fréquentes
Le Guide Facteurs Humains pour l'instructeur est-il à jour ?
C'est une 1re édition de juillet 2001 (dépôt légal juillet 2001), éditée par le SIA pour le Service de la formation aéronautique et du contrôle technique de la DGAC. Sa méthode pédagogique reste exploitable, mais il ne reflète pas la réglementation actuelle de la formation des pilotes.
Quelles sont les trois phases de l'apprentissage selon Anderson ?
Le stade cognitif (phase intellectuelle, lente, sous contrôle de l'attention), le stade associatif (procéduralisation et composition, long, par répétition et essai-erreur) et le stade autonome (consolidation, procédures automatiques et résistantes au stress). Le guide précise que le modèle vient de Fitts (1964), repris par Anderson.
Qu'est-ce qu'un comportement type dans le guide ?
C'est un regroupement de signes observables cohérents, comparable à un syndrome en médecine. Il est momentané s'il se répète pendant une séance, durable s'il se répète sur plusieurs séances. Le guide en décrit trente, avec signes, explications et remèdes.
Le guide est-il adapté à l'instruction ULM ou en aéroclub ?
Il couvre aussi bien l'apprentissage ab initio sur monomoteur léger que la qualification de type en compagnie ; certains exemples concernent le transport aérien. La méthode (signes, comportements types, remédiation, débriefing) s'applique à l'instruction de base.
Comment le guide conseille-t-il de débriefer un élève ?
En regroupant les signes notés pendant le vol pour formuler un diagnostic, en le soumettant à l'élève et en expliquant ce qui cause la performance observée, sur le plan technique comme sur le plan des facteurs humains.
Recevez la newsletter Kopik
Nouvelles bases de connaissances, guides sur le RAG et nouveautés du produit. Un mail toutes les une à deux semaines, désinscription en un clic.
En vous abonnant, vous acceptez de recevoir notre newsletter. Votre adresse n'est jamais partagée.